Logement

Causes du problème

Pour croître à l’intérieur d’un bâtiment, les moisissures, les acariens et les bactéries ont besoin de deux choses : un niveau d’humidité élevé et de la nourriture (bois, carton, poussière, etc.). La persistance de conditions d’humidité excessive dans les murs, les plafonds et les planchers mène à une contamination par des moisissures et contribue aussi à la prolifération des acariens et des bactéries.

La principale cause d’infiltration ou de dégât d’eau dans un immeuble à logements est un manque d’entretien préventif de l’enveloppe du bâtiment (toit, fenêtres, revêtement des murs et fondations) ou un bris de la plomberie. Par contre, d’autres problèmes peuvent survenir tels que le débordement des égouts, des ponts thermiques, etc.

Contaminants associés

Les acariens, qui ressemblent à de minuscules araignées invisibles, se nourrissent de la peau morte des humains et d’autres matières organiques et prolifèrent lorsque l’humidité dépasse 60%. Pour limiter la croissance des acariens, l’humidité relative doit rester sous les 55%.

Les moisissures sont des champignons microscopiques présents partout dans l’environnement externe (mais très peu en hiver). Lorsqu’elles se développent dans un bâtiment en raison des infiltrations d’eau ou d’une humidité excessive, les moisissures émettent dans l’air intérieur des composés, des particules et des spores qui peuvent causer des problèmes de santé.

Dans beaucoup de cas, la contamination fongique est présente derrière les structures, donc non visible par les occupants et non détectable par un inspecteur. En plus de l’inspection visuelle, il existe des appareils spécialisés permettant d’identifier des problèmes potentiels d’infiltrations d’eau dans un bâtiment, tels un détecteur de moiteur ou une caméra thermique. De plus, des ouvertures peuvent être faites dans la ou les zones identifiées comme suspectes. Des photos ainsi que des prélèvements peuvent être réalisés sur les zones suspectes pour corroborer les suspicions et ainsi identifier la présence de moisissures cachées en arrière des structures. Notons que les particules, spores et composés émis par les moisissures dissimulées derrière les murs ou les plafonds peuvent se propager dans l’air du logement par les joints, les fissures et les prises de courant et ainsi affecter la santé des occupants. L’élimination des moisissures en surface seulement ou l’application de peinture par-dessus celles-ci ne corrigera donc pas le problème si les problèmes d’infiltration d’eau persistent ou s’il y a des moisissures dissimulées.

Un bâtiment humide constitue aussi un milieu favorable à la présence des blattes et des rongeurs. Les allergènes dégagés par ces derniers peuvent aussi causer des problèmes respiratoires.

Ampleur du problème

Selon les enquêtes populationnelles menées par la DRSP depuis 2010, environ 10% des ménages montréalais rapportent la présence de moisissures visibles ou d’odeurs de moisissures dans leur logement. Ce chiffre ne représente cependant que les cas où des problèmes d’humidité excessive ou d’infiltrations d’eau ont conduit à une croissance de moisissures qui sont visibles sur les surfaces. En fait, selon ces mêmes enquêtes, près de la moitié des ménages à Montréal rapportent la présence d’au moins un indicateur d’humidité excessive.

La proportion de ménages rapportant l’un ou l’autre de ces indicateurs d’insalubrité varie de façon importante selon le quartier de résidence. Les ménages locataires sont davantage atteints, tout comme les ménages à faible revenu.

Effets sur la santé

Les problèmes de santé les plus fréquemment causés ou aggravés par l’humidité excessive et les contaminants associés (moisissures, acariens, etc.) sont la rhinite, l’asthme, les infections des voies respiratoires supérieures (sinusite, pharyngite) et inférieures (bronchite, pneumonie), les symptômes d’irritation des yeux, du nez, ou des bronches et les problèmes de peau. De plus, des maladies pulmonaires préexistantes peuvent être aggravées par la contamination biologique résultant des infiltrations d’eau, de la moiteur et de l’humidité.

Les problèmes de santé résultants de l’humidité excessive et les symptômes varient parmi les personnes affectées. Cela peut dépendre de l’importance de l’exposition, par exemple si la personne passe de longues heures dans une pièce plus contaminée, ou de facteurs personnels qui la prédisposent à réagir à la présence d’allergènes ou irritants dans l’air. Outre les occupants plus exposés, les personnes qui souffrent déjà d’allergies, d’asthme ou de maladies respiratoires chroniques, comme l’emphysème et la bronchite chronique, sont plus sujettes à développer rapidement des effets qui peuvent être plus importants. Une exposition à d’autres irritants ou allergènes, telles que la fumée de tabac ou les allergènes provenant des animaux ou oiseaux domestiques, peut aussi contribuer aux symptômes.

L’étude chez les enfants montréalais âgés de 6 mois à 12 ans menée par la DRSP de Montréal a démontré que les moisissures et l’humidité excessive constituent le principal facteur de risque modifiable associé à la prévalence de l’asthme (en particulier de l’asthme non contrôlé et sévère), des infections respiratoires et de la rhinite allergique hivernale. Ainsi, chez les enfants montréalais âgés de 6 mois à 12 ans, les moisissures et les conditions d’humidité excessive dans le logement contribuent à 13 % et à 17 % des cas d’asthme actifs, non contrôlés et sévères, à 26 % des cas d’infections respiratoires et à 14 % des cas de rhinite hivernale. Sur l’Île de Montréal, plus de 10 000 enfants souffrent d’un de ces trois problèmes de santé en lien avec les conditions d’humidité excessive dans leur logement.

Interventions efficaces

Le contrôle des infiltrations d’eau et des moisissures est reconnu comme une mesure efficace pour prévenir les maladies associées ou en réduire l’impact. Il est démontré que le contrôle à la source des causes d’humidité excessive et de moisissures, comme seul facteur de risque ciblé, améliore significativement la maîtrise de l’asthme.

Les mesures concrètes visant à identifier et à corriger les problèmes d’humidité excessive et de moisissures sont bien connues. Le protocole de New York E , établi par le département de santé publique de cette ville, est souvent utilisé comme référence. Des standards similaires ont été élaborés par l’Association canadienne de la construction et l’American Conference of Governmental and Industrial Hygienists. Cependant, il n’existe pas, au Québec, de mécanismes d’agrément régissant les firmes privées et les entrepreneurs en ce domaine. De plus, les méthodes recommandées par les experts ne sont pas toujours suivies par ces firmes et entrepreneurs.

L’approche recommandée par la DRSP quant à l’évaluation des impacts sanitaires associés à l’humidité excessive, l’évaluation et la gestion des problèmes d’humidité excessive a été évaluée et validée par un groupe d’experts internationaux en 2013. Le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec a également produit un guide de référence sur la prévention, l’investigation et la décontamination en milieu scolaire E .

Les coûts de décontamination et de reconstruction deviennent très élevés lorsque les infiltrations d’eau sont négligées pendant de nombreuses années car l’intégrité même du bâtiment est affectée. Il pourrait alors être nécessaire de refaire le revêtement de maçonnerie et décontaminer toute la structure interne. Si l’immeuble est trop détérioré, il est aussi possible que les coûts de rénovation excèdent les coûts de démolition et de reconstruction. Si l’entretien du bâtiment affecte l’intégrité structurale du bâtiment, il peut être nécessaire de le démolir.