Accès aux aliments santé

Problématique - Enjeux alimentaires à Montréal

Des enjeux alimentaires mieux connus à Montréal

L’alimentation est un déterminant majeur de la santé inséré dans un tissage complexe de facteurs humains, sociaux, économiques, culturels, environnementaux. Cette thématique peut donc être analysée sous de nombreux angles. Au cours des dernières années, diverses études ont été menées dans la région et permettent de mieux caractériser Montréal sur certains des enjeux alimentaires en lien avec les préoccupations de santé publique.

1.1. Consommations alimentaires

Un sondage bi annuel, mené par la DSP depuis 2002, sur les comportements de santé des Montréalais soulève de fortes préoccupations sur leurs choix alimentaires habituels (Annexe 1). En moyenne, sur une période de 5 ans, seulement

  • 30 % de la population consomme des fruits et légumes 5 fois ou plus par jour;
  • 36 % consomme du lait et du fromage 2 fois ou plus quotidiennement;
  • 52 % consomme du pain de grains entiers une fois et plus par jour;
  • 59 % consomme des produits de légumineuses une fois et plus par semaine;
  • Très peu de changement a été noté entre 2002 et 2007; cependant, la proportion de Montréalais consommant le lait et le fromage à la fréquence minimale accuse une diminution préoccupante;
  • Le revenu et la scolarité influencent les Montréalais dans leurs consommations de tous les groupes d’aliments sauf le lait et le fromage.

Ces catégories d’aliments contribuent de façon importante à une saine alimentation et à la santé. À titre d’exemple, la consommation de fruits et légumes est liée à la protection contre plusieurs maladies chroniques telles l’obésité, les maladies cardiovasculaires et certains types de cancer.

1.2. Conséquences de l’alimentation sur la santé

Embonpoint et Obésité

L’alimentation, mal équilibrée dans la quantité et la variété des aliments, de même que dans les éléments nutritifs, mène vers les problèmes les plus dominants de la décennie, soit l’embonpoint et l’obésité. Les données de l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes (ESCC 2005) indiquent que 30 % de la population adulte de Montréal présente de l’embonpoint. Il n’y a pas de différence significative selon le revenu; toutefois, le taux est plus élevé chez les immigrants de longue date (39 %) et chez les personnes les moins scolarisées (36 %). Les adultes obèses comptent pour 13 % de la population montréalaise. On observe une grande variabilité entre les CSSS : le pourcentage de surpoids (obésité et embonpoint réunis) pour la population de 18 ans et plus selon l’ESCC varierait de 30 % (CSSS Jeanne-Mance) à 49 % pour Ahuntsic-Montréal-Nord et Bordeaux-Cartierville-St-Laurent et même 56 % pour St-Léonard-St-Michel.

Dans la même enquête, les chiffres disponibles pour les jeunes montréalais indiquent un taux de 17 % de surplus de poids dans la population des 12-17 ans.

Autres maladies

Plusieurs problèmes de santé sont associés soit à une mauvaise alimentation soit à des excès ou à des insuffisances de composantes alimentaires. Quelques chiffres sont disponibles à l’égard de certains de ces problèmes dans la région de Montréal.

Cancer : Entre 2001 et 2005 on a enregistré un taux annuel moyen de 452 cas de tumeurs/100 000 dont 60 cas de cancer du côlon et du rectum.

29 % des Montréalais souffrent d’hypertension. 7 % sont déclarés diabétiques. Le taux annuel moyen de mortalité relié aux maladies de l’appareil circulatoire est de 211/100 000.

1.3. Facteurs déterminants de l’alimentation

Si l’alimentation exerce une influence indéniable sur la santé des individus, plusieurs déterminants agissent sur les choix alimentaires de ces personnes.

Accès aux commerces alimentaires de proximité et aux aliments santé

Au cours de la dernière décennie, les écrits décrivant l’impact des changements survenus dans la distribution alimentaire, tant dans les villes que dans les communautés rurales, ont suscité un nouvel intérêt pour l’examen de l’approvisionnement alimentaire. Le délaissement des quartiers centraux urbains et des communautés rurales par les épiceries au profit des grandes chaînes alimentaires ont amené des inégalités dans la disponibilité d’aliments santé. À l’instar d’autres recherches américaines et européennes, une étude géomatique menée par la DSP sur l’accès aux aliments santé montre des inégalités dans l’offre de fruits et légumes frais à Montréal (Annexe 1, cartographie).

  • En excluant l’Ouest de l’île, où la configuration de banlieue entraîne l’éloignement des commerces alimentaires, des inégalités dans l’accès à des fruits et légumes frais apparaissent dans presque tous les quartiers/arrondissements de la région montréalaise.
  • 40 % de la population de l’Est de l’île et des quartiers centraux de Montréal n’a pas accès à un approvisionnement adéquat en fruits et légumes frais sur une distance de marche, 500 m.
  • Plusieurs secteurs mal approvisionnés sont aussi dévitalisés du point de vue social, ou économique; d’autres montrent un aménagement urbain très peu favorable à la qualité de vie de leurs résidents (absence d’espaces verts, rues peu attrayantes, non sécuritaires) et on y déplore un système de transport déficient.

Ces observations font émerger un manque de cohérence entre les décisions portant sur l’aménagement urbain, la planification du transport, l’implantation de services essentiels dans les milieux de vie qui contraignent les choix alimentaires.

Accès économique à une alimentation saine

Diverses mesures contribuent à réduire la pauvreté. Le programme des garderies à 7 $ par jour, ou l’accès au logement social, en sont des exemples importants. Cependant, le coût du panier à provisions nutritif demeure encore trop élevé pour nombre de familles et de personnes à faible revenu, une fois déduites les dépenses non compressibles. En 2006, il a été estimé qu’il manquait 21 % au revenu des familles pauvres, vivant de l’aide sociale, pour se nourrir adéquatement.

En janvier 2010, le coût du panier à provisions nutritif (PPN), élaboré par le Dispensaire diététique de Montréal (DDM), s’élevait à 6,90 $ par personne par jour pour une famille de 2 adultes et 2 enfants âgés de 9 et 14 ans. Des différences de coût sont observées entre les commerces et entre les territoires.

En 2008, 10,4 % des ménages se sont inquiétés d’un manque de nourriture et 8 % en ont parfois ou souvent manqué au cours de l’année (Nutri sondage, DSP, 2008).

L‘action sur la réduction des inégalités dans l’accès à une saine alimentation se retrouve dans une nécessaire revendication de politiques qui améliorent la situation financière des individus et des communautés.

Enjeux environnementaux de l’alimentation

Des préoccupations environnementales s’ajoutent aux observations précédentes sur les enjeux alimentaires de Montréal. Le transport des aliments sur de longues distances, l’utilisation de l’auto pour les achats alimentaires contribuent aux gaz à effets de serre; les modes énergivores de production et de transformation des aliments modifient les choix alimentaires et entraînent des répercussions sur la santé (surconsommation de gras, de sucre, de sel…, sous-consommation de produits frais) et sur l’environnement (engrais chimiques, emballages, etc.).

De même, dans la région de Montréal, persiste la menace de la réduction déjà présente des terres encore zonées agricoles, au profit de promoteurs immobiliers.

Un nouveau défi s’impose ainsi en santé publique, celui d’intégrer, dans des actions cohérentes, les diverses dimensions économiques, environnementales et sociosanitaires du système alimentaire.


Dernière mise à jour : 08 décembre 2011

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